Aujourd’hui un grand nombre de formations autour de la Hijâma sont proposées.
La qualité et la rigueur de l’enseignement peuvent varier énormément d’une formation à une autre.
Certaines débouchent sur un certificat d’aptitude, d’autres sur une simple attestation de formation.
Il est très important avant de s’engager dans une formation de s’arrêter sur plusieurs choses : -quel organisme la propose ?
Cet organisme et ses membres sont-ils reconnus dans le domaine de la Hijâma ?
Sont-ils aptes à choisir le bon formateur ?
–Qui est le formateur ?
Est-il légitime pour former les gens ?
Quelles sont ses références et quel est son parcours ?
Possède-t-il une méthodologie (religieuse et médicale) correcte ?
-Quel est le programme de formation et combien de temps dure celle-ci ?
-Quels sont les objectifs de la formation ?
Certains forment des techniciens (des personnes ayant une bonne technique et un geste sûr en se basant sur un certain nombre de démarches de soin préétablies) alors que d’autres forment des praticiens (techniciens ayant en plus suffisamment de connaissances des principes de la Hijâma pour élaborer eux-mêmes une démarche de soin adaptée à la pathologie et à l’état du patient).
-Sur quels fondements se base le formateur en matière de pratique ?
Est-ce le Coran et la Sunnah avec la compréhension des Salaf as Salîh et des théories scientifiques et médicales établies ou alors sur des superstitions et des croyances contraires à l’Islam (Médecine traditionnelle Chinoise, Chî, énergie, méridiens, etc…) ?
S’il s’agit du premier cas, c’est bon !
Si vous avez affaire à la seconde proposition… éloignez-vous-en !
-Ensuite il faut savoir de quel type sera le suivi post-formation.
Y aura-t-il des groupes de discussion ?
Le formateur sera-t-il joignable dans le futur pour répondre aux questions ?
Etc.
Ce sont toutes ces questions auxquelles il faut répondre avant de s’engager dans une formation.
Et pour finir, il faut aussi s’interroger soi-même sur son intention.
Pourquoi souhaite-t-on pratiquer la Hijâma ?
Est-on réellement prêt à assumer les responsabilités qui incombent au praticien ?
Car la Hijâma est un acte médical et une science à part entière. Le patient est un dépôt devant Allah et sur chaque acte nous serons interrogés.
Ce que la hijama est, et pourquoi la formation compte
« La hijama est un acte médical et une science à part entière », écrit le professeur, et ce n'est pas une formule. La hijama humide incise la peau et fait couler du sang : elle expose le patient à l'infection, à l'hémorragie chez la personne sous anticoagulants, au malaise vagal, aux cicatrices, à la transmission de virus (hépatites B et C, VIH) si le matériel n'est pas à usage unique et si le praticien ne se protège pas ; et elle expose le praticien lui-même. Elle a des contre-indications absolues (troubles de la coagulation, anémie sévère, grossesse, enfant en bas âge, peau infectée, patient affaibli) et des situations qui demandent un avis médical (diabète, hypertension, traitements). Une revue sur la hijama en Occident note qu'elle n'est réglementée dans aucun pays, que la formation et la qualité des praticiens y sont très variables, et plaide pour un cadre de formation et d'hygiène (J Law Med, 2016) ; une autre décrit l'essor de programmes certifiés, d'assurances et de filières d'élimination des déchets au Royaume-Uni (Complement Ther Clin Pract, 2016). En France, il n'existe aucun diplôme d'État : toute la sécurité repose sur la formation que le praticien a choisie.
La grille du professeur, question par question
| Question du professeur | Ce qu'on vérifie concrètement | Bon signe | Mauvais signe |
|---|---|---|---|
| Quel organisme ? | Existence légale, ancienneté, ce que disent les anciens élèves, présence de praticiens reconnus | Un institut avec un enseignement suivi, des élèves qui pratiquent depuis des années | Une page Instagram, un « centre » sans adresse, des avis introuvables |
| Qui est le formateur ? | Parcours, années de pratique, formation religieuse et médicale, publications ou enseignements | Un praticien qui pratique lui-même, formé en religion et en anatomie, qui nomme ses maîtres | Un « maître » sans parcours vérifiable, ou formé en un week-end |
| Quel programme, quelle durée ? | Le contenu écrit : hygiène, anatomie, contre-indications, urgences, technique, points, jurisprudence, pratique supervisée | Plusieurs jours ou semaines, avec pratique encadrée sur de vrais patients, et une évaluation | Une journée, tout en vidéo, pas de pratique, « certificat » remis à tous |
| Technicien ou praticien ? | Apprend-on seulement des protocoles, ou à raisonner sur un patient ? | On apprend à interroger, examiner, décider, orienter vers le médecin | Des « points pour chaque maladie » à appliquer sans réfléchir |
| Sur quels fondements ? | Coran, Sunna selon la compréhension des Salaf, et science établie (anatomie, physiologie) | Les hadiths de la hijama avec leurs sources, les jours et les points rapportés, et l'anatomie réelle | Méridiens, chi, énergies, chakras, « détox des toxines », promesses de guérison : « éloignez-vous-en », dit le professeur |
| Quel suivi ? | Groupe d'anciens, formateur joignable, formation continue | Un groupe actif où l'on pose ses cas difficiles | Plus personne après le paiement |
| Quelle intention ? | La sienne : soigner selon la Sunna en assumant la responsabilité, ou « faire des séances » | « Le patient est un dépôt devant Allah » | Le tarif de la séance avant le contenu de la formation |
| Et l'hygiène, les urgences ? | Ce que la formation enseigne du matériel à usage unique, des gants, de la désinfection, des déchets, du malaise, du saignement qui ne s'arrête pas | Un module entier, avec une procédure écrite | Rien, ou « on désinfecte à l'alcool » |
Ce qu'un programme sérieux contient
- La jurisprudence : les hadiths de la hijama (« la meilleure de vos médications », al-Bukhari 5696 ; les jours 17, 19, 21 ; les points rapportés du prophète ﷺ), ce qui est Sunna et ce qui est pratique, la position des savants (dont celle d'al-'Uthaymin : un traitement, pas une Sunna d'adoration), la question de la femme praticienne pour les femmes.
- L'anatomie et la physiologie : la peau, les vaisseaux, les nerfs à éviter, la coagulation, ce qui se passe dans le corps pendant et après (voir ce que l'on ressent après).
- L'hygiène : lames et ventouses à usage unique, gants, désinfection de la peau, élimination des déchets à risque infectieux par une filière agréée, vaccination contre l'hépatite B du praticien, conduite en cas de piqûre accidentelle.
- L'interrogatoire et les contre-indications : traitements (anticoagulants, antiagrégants, insuline), maladies (hémophilie, anémie, diabète déséquilibré, insuffisance cardiaque), grossesse, âge, état du jour (jeûne, fatigue) ; quand on refuse, quand on renvoie au médecin.
- La technique : préparation, ventouse sèche puis incisions superficielles, temps de pose, nombre de points raisonnable (le professeur rappelle que la quantité de sang ne fait pas la réussite), pansement, conseils d'après séance.
- Les points : ceux de la Sunna et ceux de la pratique, avec ce qu'on en sait et ce qu'on n'en sait pas (voir comment la cartographie des points a été établie).
- Les urgences : malaise vagal, saignement, réaction allergique, et le réflexe du 15.
- La pratique supervisée, puis une évaluation ; et le cadre légal : assurance, information du patient, refus des promesses de guérison, respect de la loi sur l'exercice de la médecine.
Le cadre en France, en deux mots
La hijama n'a pas de statut légal propre. Le praticien non médecin qui incise la peau engage sa responsabilité civile et pénale : exercice illégal de la médecine si l'on pose des diagnostics ou promet des traitements, blessures involontaires en cas d'infection ou d'accident, non-assistance en cas d'urgence mal gérée. Cela n'interdit pas la pratique, mais l'encadre de fait : une assurance responsabilité civile professionnelle qui couvre explicitement la hijama, une information écrite du patient, un questionnaire de santé signé, du matériel à usage unique, un contrat avec un collecteur de déchets à risque infectieux, et l'habitude d'envoyer chez le médecin tout ce qui dépasse. Une formation qui ne parle pas de cela ne prépare pas à pratiquer en France.
Contre-indications et précautions
On fuit les formations qui promettent de « guérir » telle maladie par la hijama, qui enseignent des points « énergétiques », qui délivrent un certificat sans pratique ni évaluation, qui ne parlent ni d'hygiène ni de contre-indications, ou dont le formateur ne pratique pas lui-même. On se méfie des formations à distance seules : la hijama s'apprend les mains sur un patient, sous le regard d'un formateur. Et l'on garde en tête la dernière question du professeur : la hijama n'est pas un revenu, c'est un dépôt ; celui qui n'est pas prêt à refuser une séance quand elle est contre-indiquée n'est pas prêt à pratiquer.
Questions fréquentes
Comment choisir une formation à la hijama ?
Avec la grille du professeur : quel organisme, quel formateur, quel programme et quelle durée, technicien ou praticien, quels fondements (Coran et Sunna plus science établie, jamais les énergies), quel suivi, et quelle est mon intention. On y ajoute : que fait-elle de l'hygiène et des urgences ?
Existe-t-il un diplôme d'État de hijama en France ?
Non. Les certificats sont ceux des organismes de formation, de valeur très inégale. La responsabilité repose sur le praticien : formation sérieuse, assurance, matériel à usage unique, information du patient, et renvoi au médecin de tout ce qui dépasse.
Combien de temps dure une bonne formation ?
Assez pour couvrir la jurisprudence, l'anatomie, l'hygiène, les contre-indications, la technique et les urgences, avec une pratique supervisée sur de vrais patients et une évaluation : plusieurs jours au minimum, souvent étalés. Une journée en vidéo ne forme pas un praticien.
Une formation qui parle de méridiens et d'énergies est-elle acceptable ?
Non, dit le professeur : la hijama repose sur le Coran, la Sunna et la science établie. Les méridiens, le chi et les énergies viennent d'une autre tradition, contraire à l'islam, et n'ont pas de base scientifique. « Éloignez-vous-en. »
Une femme peut-elle se former à la hijama ?
Oui, et c'est nécessaire : les femmes pratiquent la hijama sur les femmes. Les mêmes exigences valent pour elle : hygiène, anatomie, contre-indications, pratique supervisée, et le refus des promesses de guérison.
