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Foi, roqya & guérison

Le mauvais œil (al-'ayn) : comment le reconnaître et comment s'en soigner ?

Mauvais œil (al-'ayn) : ce qu'enseigne la Sunna, écarter d'abord les causes médicales, puis la roqya légiférée pour s'en protéger et s'en soigner.

L'essentiel. Le mauvais œil est une vérité affirmée par le Prophète ﷺ, mais on ne le diagnostique pas à la légère : on écarte d'abord les causes médicales avec son médecin. La protection commence par le tawhid, l'obéissance à Allah et les invocations de protection. Le traitement repose sur la roqya légiférée, faite sur soi-même avec la Fatiha, Ayat al-Kursi et les trois dernières sourates, complétée par des moyens licites comme l'eau coranisée et les feuilles de sidr. La guérison vient d'Allah seul ; ces remèdes ne sont que des moyens, et aucun ne remplace un avis médical.

Ce que désigne le mauvais œil

Dans l'enseignement de l'Institut, le mauvais œil est le regard d'une personne porté sur quelque chose ou quelqu'un qui lui plaît, l'étonne ou le surprend, et qui peut causer du mal à ce qui est regardé. Ce n'est ni une superstition ni une fatalité : Allah a lié chaque effet à sa cause, et ce regard est l'une de ces causes. Le Prophète ﷺ a dit : « Le mauvais œil est une vérité, et s'il y avait quelque chose qui dépassait la prédestination (al-Qadr), ce serait le mauvais œil. » (Muslim) Jâbir rapporte aussi : « Le mauvais œil amène l'homme à la tombe et le chameau à la marmite. » (As-Sahîhah 1249)

On distingue deux sources. L'œil des hommes naît d'une admiration excessive, qu'elle porte sur la beauté, la profession, le comportement ou la réussite ; une personne qui se vante attire aussi la jalousie. L'œil du monde invisible vient des djinns. Dans les deux cas, le mal peut toucher la santé, les biens et même le couple. Ibn al-Qayyim compare le mauvais œil au serpent : lorsque celui qui regarde se laisse emporter par une nature malveillante, une force venimeuse jaillit de son œil, semblable au venin du serpent.

Le Coran en donne des exemples. L'histoire de Youssouf (ʿalayhi s-salām), éprouvé malgré sa beauté et l'amour de son père, enseigne la discrétion sur ses bienfaits. Yacoub (ʿalayhi s-salām), craignant pour ses fils, leur dit : « Mes fils, n'entrez pas par une seule porte, mais entrez par des portes séparées. » Prendre ses précautions face aux mauvaises âmes relève de la foi, non de la crédulité.

Le reconnaître sans se tromper

Une fatigue soudaine, des maux de tête, un malaise inexpliqué : ces troubles inquiètent, mais ils ont d'abord des causes ordinaires, comme le manque de sommeil, une carence, une infection, le stress ou une maladie qui commence. La règle de base est donc de ne jamais diagnostiquer le mauvais œil à la légère : on consulte son médecin, on fait les examens nécessaires et l'on écarte les causes médicales avant de penser au mal occulte. Le croyant est tenu de rechercher les moyens légiférés pour se soigner, et la médecine en fait partie.

Il n'existe pas de liste de signes qui prouverait à elle seule le mauvais œil. Ce que l'enseignement de l'Institut décrit, c'est un mal qui peut atteindre la santé, l'argent et le couple, souvent après qu'un bienfait a été montré ou admiré sans bénédiction. Quand les causes médicales sont écartées et que les troubles persistent, la roqya légiférée, par la lecture de versets généraux et spécifiques, permet ce que l'on nomme le profilage : définir l'origine du mal occulte, puis établir un traitement adapté. Le diagnostic vient de la roqya elle-même, pas d'une intuition ni d'une accusation.

Le tawhid d'abord, la protection ensuite

Avant tout remède, le croyant doit être habité par la ferme conviction que nul mal ne peut le toucher sans la permission d'Allah. Le Coran l'affirme : « Nul malheur n'atteint l'homme sans la permission d'Allah », c'est-à-dire, selon Ibn 'Abbâs, selon Son décret et Sa volonté. Dans le traitement du mauvais œil, de la jalousie ou de la sorcellerie, le moyen fondamental de guérison et de préservation reste l'obéissance à Allah et l'attachement à Ses ordres. Plus une personne renforce le tawhid et la piété dans sa vie, plus elle érige une forteresse contre le mal des sorciers et du mauvais œil.

Pour une roqya correcte, il faut d'abord étudier le tawhid, l'unicité d'Allah : Il est le seul Seigneur, le seul digne d'adoration, le seul à posséder Ses noms et attributs, et on L'adore en se conformant à la Sunna. Ces quatre parties se trouvent dans la sourate Al-Fatiha. La roqya est elle-même une adoration ; elle n'a d'effet que si elle est légiférée, sans rien associer à Allah.

La prévention passe aussi par des gestes simples. Devant ce qui plaît, on dit « Allahoumma barik » ou « ma sha Allah », avec sincérité, pour bénir au lieu d'envier. De son côté, on reste discret sur ses bienfaits.

La roqya, le remède tiré du Coran

« Nous avons fait descendre du Coran une guérison » (sourate 17, verset 82). La roqya est, selon Cheikh Albani, ce qu'on récite pour demander la guérison par le Coran et la Sunna authentique, ainsi qu'une mise sous protection par une invocation. Anas rapporte que le Prophète ﷺ l'a autorisée pour les piqûres venimeuses, le mauvais œil et l'eczéma. Elle est à la fois préventive et curative, et le Prophète ﷺ a rappelé : « Soignez-vous, ô serviteurs d'Allah, car Allah n'a pas mis une maladie sans lui avoir donné un remède, sauf une : la mort. » (Ahmad, authentifié par Cheikh Albani, Sahih Al-Jami n° 2930)

Trois conditions la rendent légale : qu'elle se fasse avec les paroles d'Allah, Ses noms et attributs ou les invocations transmises du Prophète ﷺ ; qu'elle se fasse en arabe si l'on connaît cette langue, sinon en comprenant le sens de ce que l'on dit ; et que celui qui la pratique comme celui qui la reçoit croient qu'elle n'agit pas par elle-même, mais par le seul décret divin. Le Prophète ﷺ a dit : « Il n'y a aucun mal à faire la roqya tant qu'elle ne contient pas de chirk. » (Muslim)

La meilleure roqya est celle que l'on fait sur soi-même. Si l'on sollicite une tierce personne, il est crucial de connaître sa croyance et sa manière de faire. Certains signes ne trompent pas : celui qui demande le prénom de votre mère, un effet personnel ou un vêtement, qui remet des écritures à garder sur soi, qui demande de ne pas se laver plusieurs jours ou d'enterrer quelque chose, est un sorcier qui travaille avec des djinns. On s'en éloigne, quel que soit le mal ressenti.

En pratique

  • La roqya sur soi-même. Réciter les trois sourates de protection (Al-Ikhlas, Al-Falaq, An-Nas), crachoter légèrement, puis se passer les mains sur tout le corps. On peut le faire une ou trois fois. Ayat al-Kursi est un remède puissant contre tous les maux, et les deux derniers versets d'Al-Baqara sont également très efficaces. Ces lectures se font chaque jour, avec concentration et sans jamais abandonner l'espoir de la clémence d'Allah.
  • La main sur la douleur. Pour un mal localisé, comme un mal de tête, le Prophète ﷺ a enseigné à 'Uthman ibn Abi al-'As de poser la main sur l'endroit douloureux et de dire trois fois « Au Nom d'Allah », puis sept fois : « Je cherche protection auprès de la puissance d'Allah et de Son pouvoir contre le mal que je ressens et que je redoute. »
  • L'invocation pour le malade. Lorsque le Prophète ﷺ visitait un malade, il disait : « Ô Allah ! Seigneur des hommes. Éloigne ce mal et guéris, car Tu es Celui qui guérit, point de guérison si ce n'est la Tienne, sans laisser aucune trace de maladie. » On peut la dire pour soi ou pour un proche.
  • L'eau coranisée et les feuilles de sidr. Écraser sept feuilles de sidr (jujubier) dans une bouteille d'eau sur laquelle on a lu Ayat al-Kursi (2:255) et les trois dernières sourates (112, 113, 114) ; boire trois gorgées dans la journée, dont une le matin à jeun, ou se laver avec cette eau. Cette pratique contre le mauvais œil et la sorcellerie provient de l'expérience des savants ; aucun hadith n'est rapporté à ce sujet, et elle se présente comme telle.
  • Les autres appuis licites. Une fois l'origine du mal définie par la roqya, le traitement peut s'appuyer sur l'eau coranisée, l'huile d'olive, la nigelle, le costus ou le miel, toujours comme des moyens, jamais comme des garanties.

Précautions

  • La guérison vient d'Allah seul ; la roqya et les remèdes sont des moyens. Aucun traitement spirituel ne remplace un avis médical : une fatigue qui s'aggrave, des maux de tête inhabituels ou un malaise qui se répète se montrent à un médecin, et un traitement en cours ne s'arrête jamais sans son accord.
  • Les feuilles de sidr réduisent la glycémie : les personnes diabétiques ou sous traitement hypoglycémiant surveillent leur taux. Elles s'arrêtent deux semaines avant une chirurgie, sont à éviter pendant la grossesse et l'allaitement, et peuvent déclencher une allergie chez les personnes sensibles au latex. En règle générale, on arrête les remèdes prophétiques au moins vingt-quatre heures avant une intervention.
  • Le costus indien est interdit pendant les menstruations et à la femme enceinte, déconseillé à l'allaitante, et peut provoquer des allergies comme la camomille.
  • La roqya se fait sans shirk ni innovation : pas d'amulette, pas d'écritures à porter, pas de rituel inventé. Face à un praticien douteux, on s'abstient.
  • On n'accuse personne. Le mauvais œil peut venir d'une admiration sincère et involontaire ; désigner un « envieux » nourrit la rancune et ne soigne rien.

Questions fréquentes

Comment savoir si mes troubles viennent du mauvais œil ou d'une maladie ?

On commence toujours par le médecin : fatigue, maux de tête et malaises ont le plus souvent une cause ordinaire qu'un examen révèle. Si les causes médicales sont écartées et que les troubles persistent, la roqya légiférée, par la lecture de versets généraux et spécifiques, permet de définir l'origine du mal occulte. Le diagnostic ne se fait ni sur une intuition ni sur un soupçon envers quelqu'un.

Puis-je faire la roqya moi-même sans parler arabe ?

Oui, la meilleure roqya est celle que l'on fait sur soi-même. Celui qui ne connaît pas l'arabe peut la faire dans sa langue, à condition de comprendre le sens de ce qu'il dit et de ne rien y mêler qui relève du shirk. Ce qui compte, c'est la conviction que seul le décret d'Allah agit, non les paroles par elles-mêmes.

Faut-il consulter un raqi ?

Ce n'est pas obligatoire, puisque chacun peut se faire la roqya à lui-même et à ses proches. Si l'on sollicite une tierce personne, il faut connaître sa croyance et sa manière de faire. Celui qui demande le prénom de la mère, un vêtement, ou remet des écritures à garder sur soi est un sorcier, et l'on s'en éloigne.

Que dire quand quelque chose me plaît, pour ne pas donner le mauvais œil ?

On dit « Allahoumma barik » ou « ma sha Allah », avec sincérité, pour bénir ce que l'on admire au lieu de l'envier. De son côté, on reste discret sur ses propres bienfaits, à l'exemple de Youssouf. Ces gestes simples font partie de la prévention enseignée par la Sunna.

Cet article est à visée informative et éducative. Il ne remplace en aucun cas un avis médical ni un accompagnement personnalisé.

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