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Podcast · avec le professeur Akim Bouterra

J’AI LA FOI, MAIS MON CŒUR RESTE TRISTE

Peut-on avoir la foi, accomplir ses prières, et malgré tout se sentir vide, triste ou angoissé ? L'épisode répond à cette question et explique ce qu'est un cœur malade.

28 min d’écoute1 septembre 202653 k vues sur YouTube

J’AI LA FOI, MAIS MON CŒUR RESTE TRISTE

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À retenir
  • Un croyant peut être touché par la tristesse, l'angoisse et la peur.
  • Le Prophète ﷺ a enseigné à demander refuge contre la tristesse et l'angoisse.
  • Les prophètes eux-mêmes ont connu chagrin et tourments.
  • La prière est un moyen parmi d'autres, elle n'exclut pas l'accompagnement.
  • Rester seul et se taire, c'est entrer dans la ruse de Shaytân.
  • Le cœur est le roi des membres : le cerveau et l'âme suivent son état.
  • Trois états du cœur : sain, malade par les taches des péchés, ou mort.

De quoi parle cet épisode ?

L'épisode s'ouvre sur un constat : dans la communauté musulmane, certains troubles psychologiques restent tabous. Des personnes souffrent en silence d'anxiété ou de dépression, et s'entendent répondre que leur foi devrait suffire. Le professeur explique que ce raisonnement remet en cause celui qui souffre au lieu de lui ouvrir une solution.

La réponse est nette : oui, un croyant peut être touché par la tristesse, l'angoisse et la peur. Le professeur rappelle que le Coran décrit l'être humain comme traversé par les tourments, et que le Prophète ﷺ a lui-même enseigné à demander refuge contre la tristesse et l'angoisse — une recommandation qui n'aurait aucun sens si le croyant en était préservé. Les prophètes eux-mêmes ont connu la tristesse. Le Prophète ﷺ a été triste à la mort de son fils Ibrahim.

L'épisode distingue alors le constat et la conduite à tenir. La vraie question n'est pas de savoir si le croyant peut être triste, mais par quels moyens il lutte. La prière est un de ces moyens, jamais le seul : il y a la parole, l'accompagnement, le recours à des professionnels compétents. Rester seul dans son coin en se disant qu'un croyant ne devrait pas souffrir, c'est répondre à la ruse de Shaytân, qui se nourrit de ces moments et les alimente par le waswas et les idées noires. Le professeur cite aussi la voie des anciens : soigner la tristesse par l'acceptation de la prédestination, et vivre au jour le jour plutôt que dans le regret du passé ou la peur de l'avenir.

La seconde partie porte sur les signes d'un cœur malade. Dans la psychologie islamique, le cœur n'est pas l'organe mais le roi des membres : il ressent, il s'éclaire par la science, l'évocation et l'adoration, et le cerveau comme l'âme suivent son état. Un bon roi fait de bons ministres. Trois états sont décrits : le cœur sain, le cœur malade, le cœur mort. Le cœur devient malade par l'accumulation de taches noires — les péchés et les passions — qu'il faut nettoyer aussitôt, comme on retire une tache de graisse d'un vêtement blanc.

L'épisode se referme sur une image : on peut avoir la maison, la voiture, une bonne alimentation et le sport, mais si le moteur a coulé, le reste ne sert à rien. C'est pourquoi les plus riches se retrouvent parfois en dépression. Le professeur précise expressément que le propos reste dans le champ spirituel : la dépression a aussi des causes physiologiques, psychologiques ou traumatiques, et celle-là doit être encadrée par des professionnels.

En deux schémas

Les trois états du cœur
Cœur sainIlluminé par la science, l'évocation et l'adoration ; le cerveau et l'âme suivent.
Cœur maladeTaché par les péchés et les passions ; vivant, mais dans le brouillard, sans distinguer ni choisir.
Cœur mortÉloigné d'Allah ; la personne peut tout posséder et se retrouver en dépression.

L'épisode décrit trois états du cœur, du cœur sain au cœur mort, et ce qu'ils entraînent sur le cerveau et l'âme.

Comment un cœur devient malade
1Le cœur blancÀ la base, le cœur est sain, il cherche la vérité.
2Une tache noireUn péché ou une passion se dépose, comme une tache de graisse sur un vêtement.
3L'accumulationFaute de nettoyage, les taches s'ajoutent jusqu'à couvrir le cœur.
4Le brouillardLa personne ne distingue plus rien, perd motivation et direction : le cœur est malade.
5Nettoyer aussitôtRectifier tout de suite après la faute, comme on retire une tache d'un habit blanc.

L'enchaînement décrit dans l'épisode, du péché isolé au cœur malade, et le geste de nettoyage qui l'interrompt.

Les notions à connaître

  • Waswas
    Les insufflations de Shaytân : idées noires et pensées négatives dont il alimente la tristesse pour maintenir la personne dans cet état.
  • Qadar
    La prédestination ; les anciens enseignaient à soigner la tristesse et l'angoisse par l'acceptation de ce qu'Allah a décrété.
  • Hamm
    Le souci, l'inquiétude tournée vers l'avenir, contre laquelle le Prophète ﷺ a enseigné à demander refuge.
  • Fitra
    La nature originelle : le cœur est créé sain et cherche la vérité ; c'est la personne qui le voile.
  • Niyya
    L'intention du cœur ; une action modeste faite avec sincérité peut être agréée, comme celle de la femme qui abreuva un chien.
  • En pratique

    1. Ne pas rester seulSe taire dans son coin en pensant qu'un croyant ne devrait pas souffrir répond à la ruse de Shaytân : chercher un accompagnement.
    2. Consulter des professionnels compétentsLa prière est un moyen, jamais le seul : la parole, l'accompagnement et les personnes qui connaissent ces troubles font partie des solutions.
    3. Demander refugeReprendre l'invocation enseignée par le Prophète ﷺ contre la tristesse et l'angoisse, présentée dans l'épisode comme un remède spirituel.
    4. Accepter la prédestinationFace à une perte, s'appuyer sur le qadar : ce qui vient d'Allah retourne à Allah ; cette acceptation aide dans l'épreuve.
    5. Vivre au jour le jourNi regret du passé ni peur de l'avenir : la voie citée par les savants pour ne pas nourrir la tristesse et l'angoisse.
    6. Nettoyer le cœur aussitôtAprès une faute, rectifier sans attendre, comme on retire une tache de graisse d'un habit blanc, avant que les taches ne s'accumulent.

    Les chapitres

    Questions fréquentes

    Ma foi devrait-elle me protéger de la dépression ?

    Non. L'épisode rappelle que chaque individu traverse des épisodes de tristesse, y compris le croyant qui prie. Le Prophète ﷺ a d'ailleurs enseigné à demander refuge contre la tristesse et l'angoisse, ce qui montre que nul n'en est préservé.

    Faut-il se contenter de prier quand on souffre intérieurement ?

    La prière est présentée comme un appui essentiel, mais pas comme un moyen unique. Le professeur insiste sur la nécessité d'être accompagné par des personnes compétentes et de ne pas rester seul avec sa souffrance.

    Qu'est-ce qu'un cœur malade dans la psychologie islamique ?

    Ce n'est pas l'organe mais le cœur spirituel, décrit comme le roi des membres. Il est sain à l'origine, puis les péchés et les passions y déposent des taches noires qui s'accumulent jusqu'à brouiller le discernement. Un cœur malade est un cœur éloigné d'Allah.

    Transcription

    Lire la transcription de l’épisode

    Transcription établie à partir des sous-titres automatiques de YouTube, relue et allégée (hésitations et répétitions retirées, sens inchangé). Cliquez sur un horodatage pour écouter le passage.

    0:00Pourquoi certaines personnes ressentent de l'anxiété, une tristesse intérieure, même lorsqu'elles pratiquent la religion ? Oui, c'est une très bonne question. C'est vrai que cette question est liée à un problème qu'il y a dans notre communauté musulmane : elle rend tabou certains troubles psychologiques, et ça bloque, car il y a des personnes qui souffrent en silence, qui souffrent d'anxiété, de dépression. Après, on leur dit : voilà, mais toi tu es croyant, comment tu peux avoir de l'anxiété ? Comment tu peux avoir de l'angoisse alors que tu es croyant ? Comment tu peux avoir une dépression alors que tu es croyante ? Et ça remet en cause la personne qui souffre, et ça ne donne pas de solution, ça n'ouvre pas de solution à la personne qui souffre de...

    0:52Cela. La question est vraiment immense. À elle seule, cette question est un sujet : la relation entre la spiritualité et les troubles psychologiques. Est-ce qu'un croyant qui fait ses prières ou qui vit sa vie spirituelle peut être touché par l'anxiété, la tristesse et le vide ? La réponse, oui, il peut l'être, et bien sûr qu'il est très touché, car déjà à la base, on va revenir au Coran. Allah dit dans le Coran — qu'est-ce que ça veut dire ? — c'est dire qu'à la base, l'être humain est créé, il a peur. L'être humain vit des tourments. Et ensuite, dans la sourate, Allah dit justement que cette personne qui a des tourments et qui a des...

    1:47Anxiétés, des angoisses, des peurs ou des tourments. Ensuite, quelle est la solution ? La prière. Allah donne toutes les solutions pour pouvoir justement lutter contre ces tourments-là. Donc bien sûr que le croyant peut être touché par des tourments, surtout par l'anxiété, par la crainte, par le chagrin. D'ailleurs, comme l'a dit le Prophète ﷺ — et ceci est rapporté par un hadith d'un compagnon qui est resté avec le Prophète, qui a accompagné le Prophète pendant plus de sept ans — le Prophète ﷺ lui conseillait, lui recommandait plutôt une recommandation qui est vraiment un médicament. Il disait, voilà la recommandation. Le Prophète lui-même ﷺ a...

    2:49Recommandé de demander refuge contre la tristesse et l'angoisse, contre l'anxiété. Pourquoi, à votre avis, pourquoi le Prophète ﷺ a recommandé, nous a appris et éduqués à demander refuge contre l'angoisse, l'anxiété et la tristesse ? Car chaque individu est touché par ça, même s'il est croyant. Chaque individu est touché par la tristesse. Chaque individu vit des épisodes de tristesse. Combien de personnes, même croyantes, même faisant la prière, peuvent perdre une personne chère ? Elles peuvent avoir des épisodes de tristesse si elles ont perdu, par exemple, leur père, leur mère, leur grand-mère, un frère, une sœur, un voisin, quelqu'un de cher. Donc elles vont goûter à la tristesse alors qu'elles sont croyantes. Mais elles vont goûter à la...

    3:41Tristesse. La question, ce n'est pas de dire : est-ce que le croyant peut être touché par la tristesse ? Oui, c'est clair. C'est : comment faire pour lutter contre la tristesse ? Quels sont les moyens pour pouvoir lutter contre la tristesse ? Quels sont les moyens pour lutter contre l'anxiété et le vide ? Donc bien sûr que le croyant est touché. D'ailleurs, même si on regarde la vie des prophètes, lorsqu'on regarde dans le Coran la vie des prophètes, est-ce que les prophètes ont été touchés par la tristesse ? Oui. Comme Ya'qûb 'alayhi as-salâm. Est-ce qu'il a été touché par l'angoisse et par l'anxiété ? Oui, les prophètes ont été touchés. Chacun a été touché par des tourments. Mais les tourments des prophètes, ce sont des tourments qui sont, on va dire, des tourments plus... ce ne sont pas des tourments que nous, on vit dans la vie humaine. Ce sont des tourments pour montrer que ce sont des humains. Ils vivent aussi des tourments. Ils vivent aussi de la tristesse, ils vivent aussi des chagrins. Ce sont tous les...

    4:34Outils de Shaytân. Shaytân utilise la tristesse. Il utilise... c'est quoi la tristesse ? Il essaie de nous affaiblir le cœur, de nous faire vivre des épisodes de dépression, des épisodes dépressifs. C'est-à-dire que la personne est triste sur son sort alors qu'elle est croyante, et Shaytân l'alimente pour qu'on essaie de rester justement dans cette situation-là. Il alimente par le waswas, avec des idées noires, des idées négatives. C'est pour ça que, si on examine bien le hadith du Prophète sur l'idée de demander la protection contre la tristesse, ce n'est pas pour rien. On ne demanderait pas — il n'y aurait pas de hadith qui le demande — s'il n'y avait pas l'ennemi Shaytân qui est présent.

    5:28Shaytân, lui, il en profite. Shaytân profite de ce moment où on est triste. Il profite du moment où on est dans l'anxiété, dans l'angoisse, dans la peur, la peur de l'avenir. Il en profite. Alors que... et ça répond, je reviens à la question, parce qu'elle est vraiment exceptionnelle, cette question. Elle est vraiment constructive, et c'est important, parce que beaucoup de gens se trompent. Si, moi, je suis croyant, ou si on voit quelqu'un qui est triste, on voit quelqu'un qui est angoissé ou qui est en dépression : « Ah, mais toi tu es croyant, va faire la prière. » Oui, la prière, c'est un moyen, c'est une thérapie, c'est un moyen de... Mais ça se soigne. Il y a la prière, mais il y a d'autres moyens. Il y a la prière — on ne néglige pas la prière — mais il y a d'autres moyens. Il y a des moyens naturels, il y a la discussion, il y a le fait de revenir vers des professionnels, d'aller voir des professionnels, d'aller voir des gens qui connaissent cette...

    6:22Thérapie, plutôt cette pathologie. Il faut être accompagné, il ne faut pas rester seul, il ne faut pas se dire : voilà, moi je suis croyant, je ne dois pas goûter à la tristesse, je ne dois pas avoir de troubles psychologiques, et rester dans son coin. C'est-à-dire qu'on répondrait à la ruse de Shaytân en restant dans son coin. Non, il faut être accompagné. Il faut être accompagné. Il faut avoir un accompagnement, un accompagnement positif, un accompagnement professionnel, avec des gens qui sont compétents, qui apportent des solutions pour pouvoir sortir de la tristesse et de l'angoisse. Il y a aussi un autre hadith qui me fait penser, toujours dans cette question de savoir si le croyant peut être triste et goûter à l'anxiété, à l'angoisse ou au vide. Le Prophète a dit un hadith qui est vraiment exceptionnel dans la psychologie islamique. Il disait... c'est le nom le plus véridique. Et là, c'est subtil...

    7:19Le croyant n'est pas épargné, le croyant c'est comme ça. Le croyant est touché par des humûm, des soucis. On est tous touchés par des soucis, on pense tous à l'avenir. Comment je fais pour mes enfants ? Je trouve que c'est le hadith du Prophète. On est tous touchés, par exemple on va penser : qu'est-ce que je vais faire pour l'avenir de mes enfants ? Comment mes enfants vont devenir ? Donc ce sont des choses qui s'alimentent. Le croyant, par contre, a un avantage : c'est qu'il a une relation avec Allah. Il s'en remet à Allah. C'est un appui qui est vraiment important. Mais il ne doit pas se délaisser, il ne doit pas se dire : voilà, je suis croyant, je ne vais pas être touché par ce genre de trouble. Au contraire, il essaie de mettre tous les moyens qu'il faut pour essayer de s'en sortir. Donc la réponse, oui, bien sûr, la réponse...

    8:14La peur, la peur de l'avenir, et la tristesse par rapport à ce qui s'est passé, au passé : bien sûr que ça existe. Donc là, il y a des solutions dans la psychologie islamique. Certains savants, justement, comme Ibn al-Qayyim, disent que pour pouvoir résoudre le problème du passé et du futur, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut vivre au jour le jour. Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que ce qui est passé est passé. Et il y a autre chose aussi qui est important, comme le disaient les pieux prédécesseurs, as-salaf : ils disaient qu'on doit soigner la tristesse... c'est ce qu'ils disent, soigner la tristesse et l'angoisse par la prédestination, par le qadar.

    9:11C'est-à-dire que si on veut vraiment pouvoir lutter, en étant croyant, contre la tristesse et lutter contre l'angoisse et la peur de l'avenir, c'est l'acceptation de la prédestination, c'est le qadar. La prédestination, elle est importante. Il faut, si on veut vraiment lutter contre nos troubles, qu'on accepte. Un parent qui est parti, une mère qui est partie, c'est cher, c'est sûr, on a perdu quelqu'un de cher, on a perdu une mère, on a perdu un père, c'est triste. Le Prophète a été triste quand il a vécu la mort de son fils Ibrahim, il était triste. Mais c'est une tristesse qui est tout à fait normale, c'est affectif. On a cet aspect affectif, on est faible, notre cœur faiblit, mais on a besoin de se renforcer, on a besoin de se...

    10:05Fortifier dans ces moments-là. Donc, les salaf disaient : soignez-vous de la tristesse avec le qadar. C'est qu'on doit vraiment accepter, l'acceptation. Maintenant, si une personne est décédée, est partie, si quelqu'un de cher est décédé, on doit accepter : ça appartient à Allah. C'est Allah qui l'a récupérée, elle vient d'Allah, c'est Allah qui l'a récupérée. On doit essayer d'accepter, l'acceptation, accepter les choses comme elles sont, ça nous aide dans les troubles. Ça nous aide dans les troubles. Voilà, à peu près. Bien sûr qu'il y a besoin d'un podcast entier pour essayer de parler de comment résoudre la tristesse et comment résoudre les angoisses.

    10:59Professeur, quels sont les signes d'un cœur malade spirituellement ? Alors là, bien sûr, c'est une bonne question aussi. Le cœur, dans la psychologie islamique — qu'est-ce que le cœur dans la psychologie islamique ? Avant de parler du cœur malade : le cœur, dans la psychologie islamique, c'est le roi des membres, comme l'a dit le Prophète. Le cœur, c'est le roi des membres. Ça veut dire quoi, le roi des membres ? C'est quoi ? Est-ce que c'est le cœur-organe qu'on connaît, celui qui subit, par exemple, des troubles — on peut dire par exemple des palpitations, etc. ? Est-ce que c'est ce cœur-là ? Non. Non. Quand Allah, dans le Coran, parle du cœur spirituel, le cœur psychologique et spirituel, c'est le cœur qui ressent, il...

    11:55Le cœur qui s'alimente de science, qui est pur, un cœur qui vit dans la vie de tous les jours, un cœur qui réagit. Et ce cœur-là, plus on va le purifier dans la psychologie islamique, plus on va pouvoir avoir une pensée saine. C'est-à-dire que le cœur a un lien avec le cerveau. Le cerveau attend tout du cœur. C'est pour ça qu'on a posé la question à Cheikh al-Islam, même des savants contemporains : qu'est-ce que c'est, le cerveau ? Et là ils ont rapporté un hadith plutôt une parole de 'Alî.

    12:51Qui disait, à propos d'Adam, il a tiré cette parole : donc le cœur, c'est lui, c'est lui le cerveau dans la psychologie islamique. Le cerveau, lui, il réfléchit, il emmagasine, il se concentre, il a son travail, mais il est surtout physique. Le cerveau, dans la psychologie islamique, c'est un organe physique, il emmagasine, il a tous ses aspects biologiques et physiologiques, qui est très lié à la pensée et à tout ce qui est cognitif, la mémoire et la concentration. Mais le cœur, lui, quand il est sain par l'évocation d'Allah, par le rapprochement d'Allah, par l'adoration...

    13:44D'Allah 'azza wa jall, le cœur, qu'est-ce qu'il fait ? C'est lui qui illumine le cerveau. C'est-à-dire que si le cœur est sain, si on travaille le cœur, eh bien il va illuminer le cerveau. C'est pour ça qu'Allah nous dirige toujours vers les savants. Pourquoi ? Car leur cœur connaît la vie du cœur. Le savant a la science du cœur. Il sait comment le protéger, il sait comment le sauvegarder, il sait comment l'illuminer, parce que par le cœur il va s'illuminer, comme par exemple tous les savants de l'islam, à leur tête bien sûr les compagnons, les prophètes, comme j'ai dit, toute la liste des gens illuminés : les prophètes, ensuite les compagnons, et ensuite ceux qui...

    14:37S'illuminent en suivant la lignée des compagnons, qu'Allah les agrée. Donc qu'est-ce qui a fait qu'Allah les a agréés ? Qu'est-ce qui a fait qu'Allah a agréé ces hommes ? C'est qu'ils avaient la science. Ils savaient ; c'est quel genre de science ? Ce n'est pas seulement le fait de connaître la législation : oui, il y a telle chose, ça c'est halal, ça c'est haram, ça c'est ça. Ce sont des choses qui nous font vivre, qui nous font adorer Allah, c'est sûr, ce sont des choses élémentaires, c'est important de les connaître. Mais qu'est-ce qui les a fait s'élever ? C'est qu'Allah élève les gens de science par degrés. Qu'est-ce qui a fait qu'ils ont été élevés ? Ce qu'il y avait dans le cœur, c'est que le fait d'avoir la science du cœur, cette science-là a illuminé leur cerveau. C'est pour ça que plus la...

    15:31Personne a un cœur sain, plus sa conscience est saine ; et là on va arriver au cœur malade : plus son cœur est malade, plus sa conscience devient faible. Sachant que beaucoup de personnes pensent que les actes, c'est seulement les actes du corps, mais les actes du cœur sont beaucoup plus importants. Exactement. C'est ce qu'on a dit dans le premier épisode : on a parlé du fait que la psychologie islamique s'occupe à la fois du cœur, du corps et de l'âme. On est bien d'accord. D'accord, ils vont ensemble. Il n'y a pas le cœur qui travaille tout seul, le cerveau qui travaille tout seul et l'âme qui travaille toute seule. Non, ils travaillent en harmonie. Il y a l'harmonie, tout est en harmonie, tout va ensemble. Même les adorations, la majorité des adorations... Exactement, les plus grosses adorations qui sont citées dans le Coran et dans la...

    16:23Sunna, ce sont les adorations du cœur : l'amour, la joie, la confiance, ça c'est le rida, l'agrément, la satisfaction. Donc toutes ces choses, c'est ça le jardin du cœur. C'est le jardin du cœur, c'est le cœur qui est éveillé. Et justement, quand le cœur est éveillé, eh bien le cerveau est éveillé et l'âme est apaisée. Et l'âme apaisée aime faire des actions, elle a envie de faire de bonnes actions, elle veut s'éloigner des mauvaises choses, elle veut s'éloigner des mauvaises actions. Le roi, il est là ; quand le roi a son trône et qu'il est illuminé par l'apaisement, par la lumière de la science, alhamdulillah, tous les ministres suivent. Un bon roi fait de bons ministres. Et les ministres, que ce soit le cerveau et toute l'équipe de...

    17:17Du cerveau et l'équipe de l'âme, ils suivent le cœur, parce que le roi est illuminé. Le roi, lorsqu'il agit, le cœur agit comme un roi parce qu'il illumine. Par quoi ? Il illumine par sa science, il illumine par sa pureté et sa connexion avec Allah 'azza wa jall. Et plus le cœur va être connecté avec Allah, plus le cerveau va être apaisé. Plus le cœur va être connecté à Allah par l'adoration, plus l'âme va être apaisée. Et moins le cœur va l'être — là on va venir au cœur malade — moins le cœur... qu'est-ce que ça veut dire ? C'est-à-dire que le cœur devient malade. Donc là, dans la psychologie islamique, il y a trois formes de cœur : il y a le cœur malade, plutôt le cœur sain — on commence par le...

    18:09Cœur sain, il y a le cœur malade et le cœur qui est mort, comme Allah l'a dit dans le Coran. Donc le cœur sain, c'est un cœur qui est illuminé, un cœur qui aime faire les bonnes choses ; c'est le bon comportement. D'ailleurs, quand on parle du bon comportement, d'où vient-il ? Est-ce que le comportement vient seulement des agissements ? Non, il vient du cœur. Il y a des gens qui peuvent avoir de bonnes actions mais qui n'ont pas une bonne intention. Ils peuvent faire des aumônes sans avoir une bonne intention. Et il y a des gens qui ont très peu d'actions mais qui ont un cœur sain, et Allah a agréé cette action. On le voit justement dans...

    19:03L'exemple de la prostituée, avec tout le respect, qui a justement donné à boire à un chien qui avait soif. Elle a enlevé sa botte — c'est une histoire que le Prophète ﷺ a racontée, c'est une histoire vraie, c'est de la révélation. Elle a enlevé sa botte, elle a eu cette shafaqa, cette tendresse. Elle a vu ce chien qui était assoiffé, elle était obligée de prendre de l'eau du puits pour donner à boire au chien. Allah a agréé cette action malgré sa situation, malgré ses péchés. Il lui a agréé — pourquoi ? Cheikh al-Islam Ibn Taymiyya, il l'a expliqué carrément dans un livre, ce hadith, pourquoi Allah l'a agréée et lui a pardonné tous ses péchés et l'a fait rentrer au paradis.

    19:57Pourquoi ? Parce que le cœur était sain, parce qu'elle l'a fait avec sincérité. Elle ne l'a pas fait en se disant « ah, il y a untel qui est en train de me regarder », « ah, telle personne va me demander », rien de tout ça. Elle a fait cette action malgré sa situation, elle l'a fait entre elle et Allah, avec son cœur vivant, son cœur sain. On la voit selon sa situation, on la néglige, cette femme prostituée qui fait cette action — qu'est-ce qu'on en juge ? Il ne faut jamais juger ce qu'il y a dans les cœurs. C'est pour ça que quand on veut vraiment parler du comportement — et ça rentre beaucoup dans la psychologie —, c'est ce qu'il y a dans le cœur, le vrai comportement.

    20:49Il faut d'abord corriger son cœur avant de corriger ses membres. Les membres, ce sont juste des soldats, mais le cœur, c'est le roi. C'est le roi, comme je le répète : s'il est illuminé, il va illuminer les membres. Donc là, on voit ça, c'est le premier cœur, celui qui est sain. Ensuite il y a le cœur qui est malade. Alors là, c'est un hadith du Prophète ﷺ, et bien sûr on est tous touchés par cette situation, la maladie du cœur. C'est bien sûr le hadith qui dit que le cœur est blanc, sain et blanc. Qu'est-ce qui fait qu'il devient malade ? Là, ce sont des taches, des taches noires, des taches noires qui se mettent dans le cœur. Des taches noires qui se mettent — il a bien expliqué ça dans « Le péché et la guérison ».

    21:42Et ces taches, c'est quoi ? Ce sont les passions, les péchés, les choses qui, bien sûr, nous dévient du chemin vers Allah. À force, à force, le cœur devient noir. Donc ces taches noires qui se mettent dans le cœur s'accumulent, s'accumulent, s'accumulent, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien voir. Il n'est pas mort, non, il est vivant, il n'est pas mécréant, mais il n'arrive plus à distinguer les choses. Il commence à être perdu, il commence à être dans le brouillard psychologique, il ne sait plus quoi faire, il ne sait plus où aller, il ne sait plus quoi choisir, il n'est plus motivé. Pour ça, qu'est-ce qu'il dit ? Lorsqu'il y a le péché — oui, on est tous liés au péché, on a tous fait des péchés, on fait tous des péchés — mais derrière, il faut...

    22:33Derrière, il faut tout de suite rectifier, il faut nettoyer. Un exemple : si tu mets un habit blanc — on a des qamis, mashallah, blancs — si on a une tache noire de graisse, une grosse tache noire de graisse ou d'huile, tu vas tout de suite la traiter. Tu vas soit l'enlever, la mettre dans la machine à laver, soit, si tu es à côté d'une lessive, tu vas éviter cette tache, ou tu l'enlèves carrément — tu as les moyens de l'enlever, tu en as plusieurs, tu vois. C'est la même chose avec le cœur. On n'a pas cette conscience, on n'a pas assez de recommandations ou de dhikr, de personnes qui nous recommandent à chaque fois : faites attention, faites attention, faites plus attention. Nous, on fait plus attention à notre alimentation, à notre bien-être. Bien sûr, on a...

    23:26Le besoin, c'est le bien-être, l'alimentation. Il faut vivre sainement, manger sainement, avoir une hygiène de vie saine, avoir une alimentation saine, faire du sport pour s'équilibrer, avoir l'équilibre. Tout ça, c'est important, mais il y a plus important dans la psychologie, parce que si on est sain mentalement, si on a une hygiène de vie saine mentalement, tout va suivre. Je peux avoir une bonne alimentation, faire du sport, avoir une belle voiture, une belle maison, être équilibré, avoir tout. Mais si je suis dans l'angoisse, si je suis dans la dépression, à quoi ça sert ? Et c'est pour cela que les gens les plus grands sur la terre, ceux qui sont les plus aisés, les plus riches, se retrouvent dans la dépression.

    24:18Pourquoi ils se retrouvent dans la dépression ? S'ils sont croyants, le cœur est malade. S'ils sont non croyants, le cœur est mort. Tout vient du cœur, parce qu'on ne peut pas se détacher de la nature, on ne peut pas se détacher de la fitra. Allah nous a créés comme ça. On doit revenir, on doit revenir à la nature. Allah nous a créés comme ça, Il nous a créés avec un cœur sain. À la base, le cœur est sain. À la base, le cœur cherche quoi ? Il cherche la vérité. C'est nous qui, à chaque fois que le cœur appelle vers la vérité — moi je veux la vérité — nous, on essaie de la cacher. Pour ça, on appelle ça l'incrédulité, et plutôt l'infidélité envers Allah azza wa jall. C'est quoi l'infidélité ou l'incrédulité ? C'est de cacher

    25:12la vérité, de cacher le cœur. Et en cachant le cœur, on cache notre vie, on est emprisonné par les passions, alors qu'Allah nous donne la possibilité de vivre la liberté de l'adoration, la liberté vers Allah azza wa jall, et nous, qu'est-ce qu'on fait ? On met une prison à ce cœur, on l'emprisonne par les passions. Et quand il est emprisonné, on ne voit plus, on rentre dans la dépression, on ne voit plus les choses devant nous. On a beau avoir les enfants à côté, la voiture, la maison, bien manger, on est quand même en dépression. On se dit : mais comment ? On revient sur la première question : un croyant, comment peux-tu être dans la dépression ? Ou le mari avec sa femme en dépression, et le mari dit : tu es croyante, ou il dit carrément : mais toi, je te donne tout, tu as tout ce qu'il faut, tu manges

    26:04bien, tu t'habilles bien, je te donne tes habits, je te donne ta voiture, tu as tout ce qu'il faut, pourquoi tu es en dépression, je t'ai tout donné. Et il va partir dans le mal occulte, voilà, peut-être qu'il y a de la haine, de la jalousie, peut-être du hasad, et après il va penser au divorce parce qu'il voit que cette femme n'est plus motivée, elle n'a plus de motivation, elle ne voit plus le goût des choses, elle est peut-être même rentrée en déréalisation, elle voit les choses différemment, alors que tout vient du cœur. Et bien sûr, je précise bien que là, on est en train de parler de l'aspect spirituel du cœur. Mais bien sûr que la dépression peut avoir un aspect physiologique, psychologique, biologique, des traumatismes, et ça se traite bien sûr avec des professionnels, ça se traite avec des remèdes, ça se traite avec le naturel, non, on ne parle pas de ça. On reste dans ce cadre-là, on est dans le spirituel, on ne parle pas dans le cadre médical où la personne, c'est vraiment la dépression, elle doit être

    26:56encadrée et cetera. Là, on reste dans le cœur, on reste dans le moteur. Demain, une voiture, si elle est en panne, si elle ne peut plus marcher, ça se règle quand ce sont des petites choses. Si c'est l'essence, il manque d'essence, on remet de l'essence. S'il y a un problème de carrosserie, on répare la carrosserie. La batterie, on la change. Mais si le moteur coule, même si tu as la plus grosse voiture, si le moteur a coulé, ça sert à quoi ? Tu fais rentrer les gens dedans, ils sont contents, ils sont dans une grosse voiture, tout est net, elle est toute neuve, il y a tout ce qu'il faut, mais le moteur a coulé. C'est la même chose. Si le cœur, quand on revient sur le cœur malade, quand le cœur devient malade, au contraire, la personne commence à voir les choses différemment, à penser les choses différemment. Les idées deviennent négatives, des idées

    27:49de suicide, carrément. J'ai eu des cas en cabinet, des idées de suicide, carrément. Donc là, on voit comment on reconnaît un cœur qui est malade : c'est un cœur qui est éloigné d'Allah.

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