L'essentiel. Commencez par l'ouvrage de médecine prophétique d'Ibn al-Qayyim : c'est lui qui rassemble, chapitre par chapitre, les remèdes rapportés du Prophète ﷺ. Lisez ensuite les traités des médecins musulmans, Ibn al-Baytar pour les plantes, Ibn Sina et Ibn Rushd pour la médecine générale, en sachant qu'ils ne sont pas la Révélation et qu'ils peuvent se tromper. Avant d'appliquer quoi que ce soit, il faut avoir compris quelques règles simples : la maladie est un déséquilibre, on repousse le mal par son opposé, et ce que l'alimentation peut régler ne se soigne pas par les plantes. Un livre donne des remèdes, il ne donne ni le diagnostic ni la mesure, et il ne remplace jamais votre médecin.
La question est plus sérieuse qu'elle n'en a l'air. On achète souvent trois ou quatre ouvrages d'un coup, on en lit vingt pages, et l'on se retrouve avec une liste de plantes sans savoir quoi en faire. La médecine prophétique ne se lit pas comme un catalogue : elle a un livre de départ, des livres d'approfondissement, et des règles qu'il faut avoir comprises avant d'ouvrir le premier chapitre.
Le livre à ouvrir en premier : Ibn al-Qayyim
S'il ne fallait en retenir qu'un, ce serait celui-là. L'ouvrage de médecine prophétique d'Ibn al-Qayyim, souvent traduit en français sous le titre La médecine du Prophète ﷺ, est la référence à laquelle tous les enseignements renvoient. Sa force tient à sa méthode : il avance remède par remède, en partant de ce que la Révélation et la sunna ont mentionné, puis en décrivant la nature de chaque remède et ses usages.
On y trouve, entre bien d'autres, un chapitre sur le siwak, un sur le séné, un sur le cédrat, un sur la chicorée, un sur le cèdre, ainsi que des pages sur la courge, la talbina, l'argile, la truffe, et de longs développements sur les eaux. À propos du séné, il rapporte ce hadith transmis par Asma bint 'Oumays, dans lequel le Prophète ﷺ a dit : « Si un remède pouvait guérir la mort, ça aurait été le séné. » À propos de la truffe, il rapporte que le Prophète ﷺ a dit : « La truffe est une forme de manne et son suc est une guérison pour l'œil. » Sur le siwak, il cite ce hadith rapporté par Al-Boukhari et Mouslim : « Si je ne craignais d'imposer une difficulté à ma communauté, je leur aurais ordonné l'usage du siwak à chaque prière. »
C'est aussi le livre qui vous apprendra à lire un remède autrement que par une indication. Ibn al-Qayyim décrit les choses par leur nature : le gingembre est chaud au deuxième degré et humide au premier, le séné est chaud et sec du premier degré, la courge est froide et humide, le coing est froid et sec. Cette grille revient sans cesse, et sans elle la moitié des conseils reste incompréhensible.
Les médecins musulmans : ce que chaque traité apporte
Vient ensuite la deuxième couche, celle des médecins de l'époque classique. Les cours de l'Institut en citent plusieurs :
- Ibn al-Baytar — c'est le botaniste. Il décrit les plantes, leurs propriétés, leurs usages. C'est lui qui écrit du gingembre : « Le gingembre a une bonne odeur, son amertume est laxative, il augmente la mémoire et aide ceux qui ont des problèmes de vision lorsqu'il fait sombre. » À lire quand on veut travailler les plantes sérieusement.
- Ibn Sina (Avicenne) — le plus connu des médecins de cette époque. L'Institut signale une réserve importante : il a fini par s'égarer dans la philosophie. On lit donc sa médecine, on ne le suit pas au-delà.
- Ibn Rushd (Averroès) et Ibn al-Habib — deux autres noms de cette génération, à connaître pour situer l'histoire de la discipline plus que pour y chercher un protocole.
- Hippocrate — il n'est pas musulman, mais on ne peut pas l'ignorer : c'est le père de la théorie des humeurs, sur laquelle toute la médecine ancienne s'est construite.
- Côté contemporain, le docteur Jabir Al-Qahtani est fréquemment cité dans les cours, notamment sur le gingembre, la passiflore, le fenouil, l'avoine, le thé vert ou l'euphraise.
Un point mérite d'être posé clairement, parce qu'il change la façon de lire. La théorie des humeurs n'est pas basée sur la Révélation : elle peut donc être vraie comme fausse, contrairement à la médecine prophétique. Les traités de ces médecins sont des travaux d'hommes, précieux, parfois dépassés, jamais infaillibles. Le livre d'Ibn al-Qayyim, lui, part d'un texte.
Ce qu'un livre seul ne donne pas
On peut lire dix ouvrages et ne rien savoir appliquer. Ce qui manque, ce sont les règles de pratique, celles qui viennent avant le premier remède. L'Institut en enseigne cinq :
- La médecine du corps est de deux types : la médecine innée, qui n'a pas besoin de réflexion, et celle qui nécessite réflexion et méditation.
- La maladie est un déséquilibre.
- Les maladies sont liées à leurs causes, à nos péchés ou à l'enfance.
- Le rôle de la médecine prophétique est de retrouver une santé perdue ou de la préserver, en repoussant le mal par son opposé ou par l'abstinence.
- Toute maladie que l'on peut vaincre par l'alimentation, on ne la soigne pas par les plantes.
S'y ajoute la théorie des humeurs, qu'il faut connaître pour lire les anciens : quatre choses dans le corps, le sang (foie et cœur), la lymphe (cerveau), la bile jaune (foie), la bile noire (rate) ; et quatre éléments fondamentaux, air, feu, eau, terre, avec quatre forces, chaud, froid, sec, humide, qui doivent exister en équilibre pour vivre en bonne santé.
La règle du traitement par l'opposé traverse d'ailleurs tout l'enseignement, et pas seulement pour le corps. Commentant l'invocation du Prophète ﷺ « Ô Allah ! Lave-moi de mes péchés par l'eau de la neige et de la grêle », Ibn al-Qayyim explique que le cœur a besoin de cette eau pour se refroidir, se raffermir et se renforcer : on traite les maladies, du corps comme du cœur, par leurs opposées.
En pratique : un parcours de lecture en quatre temps
Premier temps, les règles. Recopiez les cinq règles et la théorie des humeurs sur une seule page, et gardez-la devant vous pendant toute votre lecture. C'est la grille qui donne du sens au reste.
Deuxième temps, Ibn al-Qayyim, un chapitre à la fois. Commencez par ce qui touche votre quotidien. Le chapitre des eaux, par exemple, est d'une aide immédiate : il conseille de ne pas boire directement l'eau de puits et de la laisser reposer une nuit après avoir été puisée ; il précise que l'eau douce est utile au malade comme à celui qui est en bonne santé, que la plus froide est la plus utile et de meilleur goût, et qu'il vaut mieux ne pas la boire à jeun, au réveil, après le bain ou après avoir mangé des fruits. Il rappelle aussi que l'eau de mer, utile pour se laver, est nocive à boire.
Troisième temps, les plantes. Passez aux traités de plantes seulement après. Et prenez l'habitude de noter quatre choses pour chaque plante, dans cet ordre : la partie utilisée, les indications, le mode de préparation, les précautions. Pour le giroflier, par exemple, ce sont les boutons floraux, indiqués entre autres pour les ballonnements, les gastrites et les maux de dents ; on emploie 1 à 3 g de clous en décoction, et contre le mal de dents on mastique un clou trois ou quatre fois par jour. La ligne « précautions » est la plus importante des quatre.
Quatrième temps, la vérification. Ne recopiez jamais un hadith sans sa référence. Les cours eux-mêmes le font : quand la chaîne est faible, ils le disent, comme pour le hadith rapporté par Zayd Ibn Arqam sur l'huile et le carthame contre la pleurésie, signalé comme faible chez At-Tirmidhi. Apprendre à distinguer ce qui est authentique de ce qui ne l'est pas fait partie de la formation, au même titre que les plantes.
Précautions
Un livre ne pose pas de diagnostic. Il décrit des remèdes, il ne sait pas ce dont vous souffrez, et la même plainte peut recouvrir des causes très différentes. Le médecin reste le référent pour un diagnostic et pour un traitement en cours.
Les doses lues dans un traité ne sont pas anodines. L'eugénol du clou de girofle est caustique et, en surdosage, ce sédatif puissant peut déprimer le système nerveux central. Le safran ne doit pas dépasser 5 g par jour en raison de sa toxicité. La réglisse est contre-indiquée en cas d'hypertension et d'insuffisance cardiaque, et son traitement ne dépasse pas quatre à six semaines. L'onagre est contre-indiquée en cas d'épilepsie. Plusieurs plantes citées plus haut sont par ailleurs déconseillées pendant la grossesse et l'allaitement, comme chez l'enfant : en cas de grossesse, d'allaitement, pour un enfant ou si vous suivez déjà un traitement, l'avis d'un médecin est nécessaire avant toute prise.
Enfin, un rappel que l'on garde en ouvrant chaque livre : la guérison vient d'Allah, et les remèdes ne sont que des moyens. Lire beaucoup ne soigne personne ; lire avec méthode, en comprenant les règles avant les recettes, forme peu à peu un regard juste.
Questions fréquentes
Faut-il lire l'arabe pour commencer ?
Non, pas pour commencer. Les grands textes de référence, à commencer par l'ouvrage de médecine prophétique d'Ibn al-Qayyim, sont disponibles en traduction française. L'arabe devient un vrai avantage plus tard, quand on veut vérifier une formulation ou remonter à la source d'un hadith.
Par quel chapitre d'Ibn al-Qayyim commencer ?
Par ceux qui touchent votre quotidien : l'eau, le siwak, les aliments de la sunna. Ce sont les chapitres que vous pourrez relire à la lumière de votre propre journée, et c'est ainsi que la logique des natures, chaud, froid, sec, humide, finit par s'installer.
La théorie des humeurs fait-elle partie de la religion ?
Non. Son père est Hippocrate, et elle n'est pas basée sur la Révélation : elle peut donc être vraie comme fausse, contrairement à la médecine prophétique. On l'apprend parce qu'elle est la clé de lecture des traités anciens, pas parce qu'elle serait un texte sacré.
Peut-on se former uniquement avec des livres ?
Les livres donnent la matière, mais pas le raisonnement qui relie une plainte à une cause, ni la mesure d'une dose. Il manque aussi le tri entre ce qui est authentique et ce qui ne l'est pas. Un enseignement structuré, et le médecin pour tout ce qui relève du diagnostic, restent nécessaires.
Dans quel ordre lire les médecins musulmans ?
Ibn al-Qayyim d'abord, car il part du texte. Ibn al-Baytar ensuite si vous voulez travailler les plantes. Ibn Sina, Ibn Rushd et Ibn al-Habib viennent après, pour l'histoire et la médecine générale, en gardant la réserve que l'Institut signale au sujet d'Ibn Sina, qui a fini par s'égarer dans la philosophie.
Ce que dit la science : gingembre, siwak, règles douloureuses et cycle
Ce que la recherche publiée dit des remèdes évoqués ci-dessus, à titre d’éclairage — les études portent sur les causes matérielles, la guérison appartient à Allah.
Le gingembre
Cité dans le Coran (le zanjabîl), le gingembre est le remède naturel de la nausée le mieux documenté : efficace contre les nausées de la grossesse (J Matern Fetal Neonatal Med, 2022) (J Am Board Fam Med, 2014) et les nausées post-opératoires (J Nurs Scholarsh, 2021) ; une revue de 2024 détaille ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires (Front Nutr, 2024). Précaution : à forte dose il fluidifie le sang — prudence avec les anticoagulants et avant une chirurgie ; frais et râpé, une infusion suffit.
Le siwak
« Le siwak purifie la bouche et satisfait le Seigneur » : les études confirment que le bâton de Salvadora persica réduit la plaque dentaire et l’inflammation des gencives, avec des propriétés antibactériennes propres (Saudi Med J, 2015) (J Ethnopharmacol, 2022) (Scientifica, 2025). Précaution : couper l’extrémité usée régulièrement, ne pas partager son siwak ; il complète le brossage sans le remplacer totalement en cas de problème dentaire installé.
Règles douloureuses et cycle
Le gingembre réduit la douleur des règles selon plusieurs méta-analyses (J Integr Complement Med, 2024) (Cureus, 2021), comme la cannelle et le fenouil (J Int Med Res, 2020) ; le magnésium et les oméga-3 aident sur le syndrome prémenstruel, et l’alimentation anti-inflammatoire réduit les douleurs de l’endométriose (Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol, 2022). Précaution : des règles très abondantes, très douloureuses ou irrégulières méritent un bilan (endométriose, fibrome, SOPK, thyroïde) ; le gattilier et la sauge agissent sur les hormones — avis médical sous traitement.
